Radio-Canada: Le spectre de l’éviction pèse toujours sur des locataires ontariens

Posted February 16, 2021

Depuis avril dernier, Kiri Vadivelu n’arrive plus à payer le loyer de son appartement à Scarborough. Le Torontois a perdu son emploi au début de la pandémie et il dépend désormais du régime d'assurance-emploi.
 
<< Ma femme travaillait à temps partiel, mais mon revenu était le principal et on en dépendait. J’ai dû faire un choix : payer la nourriture ou payer le loyer >>, confie-t-il.
 
<< Il y a aussi les factures médicales. Et pour chercher un travail ou si je veux essayer d’apprendre [un autre métier], j’ai besoin d’un téléphone et d’Internet. Alors les dépenses montent rapidement. Avant, on vivait d’un chèque de paie à l’autre. >>
 
Kiri Vadivelu a été convoqué à une audience à la Commission de location immobilière et dit vouloir négocier avec son propriétaire pour éviter l’expulsion.
 
<< On est anxieux, inquiets, ma femme est enceinte de six mois et on tente de traverser tout ça. Ça fait dix ans que je suis ici, je n’ai jamais eu de problème à payer le loyer, affirme-t-il. Mais là je suis dans une position très difficile. >>
 
Contactés par Radio-Canada, les propriétaires du logement de M. Vadivelu n’ont pas voulu commenter son cas précis pour des raisons << de vie privée >>, mais disent comprendre les difficultés auxquelles certains locataires font face et tentent de collaborer avec eux.
 
Reprise progressive des expulsions
 
Kiri Vadivelu n’est pas le seul à être dans une telle situation. À Toronto, près de 11 % de tous les logements ont signalé des arriérés de paiement de loyer l’an dernier, selon la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL).
 
La SCHL note aussi que l’Ontario est la province qui avait le plus haut taux de loyers en souffrance au Canada en octobre 2020, soit environ 10 % des appartements.
 
En janvier, pour la deuxième fois depuis le début de la pandémie, l’Ontario a imposé un moratoire sur les expulsions de locataires. Seule l’exécution des ordonnances d’éviction a été suspendue. La Commission de la location immobilière a continué à tenir des audiences et à donner des avis.
 
Mais depuis cette semaine, la province permet de nouveau l'exécution des expulsions résidentielles dans les régions où l’ordre provincial de rester à la maison a été levé.
 
Pour l’instant, les régions de Hastings, Kingston, Frontenac et Lennox et le comté de Renfrew sont concernés. Mardi, 28 autres régions doivent suivre, puis Toronto, York et Peel le 22 février. Ces dates pourraient toutefois changer, en fonction des indicateurs de santé publique.
 
Cette reprise graduelle inquiète Alexandra Oli, avocate à la clinique juridique communautaire de Hamilton. << La pandémie est loin d’être terminée, on parle de plus en plus de variants, donc c’est une autre menace. Et quand on parle d'expulsion il faut se poser la question : quelles sont les alternatives pour le locataire qu’on expulse? >>
 
<< Ça signifie, dans tous les cas, un déplacement des gens dans une période où on demande de limiter les contacts. >>
 
Tim Aubry, professeur de psychologie et chercheur au centre des services éducatifs et communautaires à l’Université d’Ottawa, s’attend à voir encore plus de gens à la rue.
 
<< Il y a aussi beaucoup d’itinérance qui est cachée, où les gens vont vivre pour une petite période de temps avec des amis ou des membres de la famille, ajoute-t-il, et ça augmente le risque de la propagation du virus. >>
 
Mesures d’allègement réclamées
 
Plusieurs organismes communautaires et activistes demandent au gouvernement Ford de maintenir une interdiction sur les évictions tant que la crise sanitaire se poursuit. Ils continuent aussi de réclamer des mesures d’allègement pour les loyers et des subventions aux locataires.
 
Le groupe pancanadien de défense des locataires ACORN milite justement pour protéger les locataires de ces évictions. Avec l'organisme, Kiri Vadivelu a organisé une manifestation devant son immeuble jeudi.
 
<< Les gens sont toujours en danger, toujours sans travail. Personne ne devrait être expulsé à cause de la COVID-19 >>, lance Ginelise Edouard, une représentante d’ACORN.
 
Selon le directeur général de la Fédération des associations des locataires de Toronto, Geordie Dent, des ententes pour rembourser les propriétaires sur une longue période ou l'annulation des arriérés sont des solutions possibles.
 
<< Vous voulez que les gens restent à la maison, vous devez leur [donner les moyens] de rester à la maison, mais on ne fait rien >>, croit M. Dent.
 
<< À Toronto, on a maintenant des communautés de tentes dans chaque parc. C’est complètement un échec >>, ajoute-t-il.
 
Tim Aubry souligne que des programmes d’aide aux loyers profiteraient à tous, y compris les propriétaires et le gouvernement. << C’est important que les propriétaires, qui sont comme des [entrepreneurs], soient eux aussi soutenus. Il y en a qui sont plutôt petits. >>
 
<< Et il faut comprendre que si plus de personnes se retrouvent sans abri, ça va aussi être dispendieux. Il y a toutes sortes de coûts liés aux refuges, mais aussi les coûts pour les sortir de l’itinérance. >>
 
En réponse, le ministère du Logement de l'Ontario rappelle que le gouvernement a gelé les augmentations de loyer en 2021.
 
<< Dès le début de la COVID-19, le gouvernement a présenté des mesures pour protéger les locataires et offrir du soutien à ceux les plus touchés par la pandémie. Cela inclut aussi de demander à la CLI de regarder si le propriétaire a tenté de négocier un accord de remboursement avec les locataires, avant de recourir à une expulsion >>, ajoute un porte-parole dans une déclaration à Radio-Canada.
 
<< Nous avons aussi fourni aux gestionnaires de services municipaux 510 millions de dollars de financement flexible, qui peuvent être utilisés pour des fonds d'aide au logement et fournir des prêts d'urgence à ceux qui en ont le plus besoin >>, ajoute la province.
 
 
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Article by Camille Gris Roy for Radio-Canada

 

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