Le Droit: Des résidents dénoncent des «rénovictions» à Ottawa

Posted July 16, 2021

Le phénomène des «rénovictions» gagne de l’ampleur dans la ville d’Ottawa. Des résidents de deux immeubles de six unités chacune ont dénoncé la décision de leur nouveau propriétaire de les évincer, jeudi, dans le quartier de Vanier.
«Je suis outré, c’est du gros n’importe quoi!», s’insurge Mark Quinn, locataire d’un des logis du 249, avenue des Pères-blancs depuis plus de 10 ans.

«Initialement, ils nous ont dit que le terrain était contaminé et qu’ils devaient détruire les immeubles. Ensuite, ils ont changé leur fusil d’épaule et ont plutôt avancé qu’ils devaient faire des rénovations majeures. On ne sait pas trop ce qui se passe», a-t-il ajouté.

Menaces

M. Quinn indique que les menaces d’évictions ont commencé au mois de mars, avant même que le futur propriétaire prenne possession officiellement des lieux. Cette éventualité se saurait produite lundi dernier. Qui plus est, les résidents n’ont aucune façon de joindre les représentants d’OPG Holding Inc. Cette entreprisen’a pas fourni leurs coordonnées, passant plutôt par un gestionnaire d’immeuble qui a depuis été remplacé.

Dans une lettre montrée au Droit, on peut lire que OPG Holding Inc. offre trois mois gratuits (de mars à juin) aux résidents tandis que le loyer du «dernier mois» couvrirait juillet. On exige aussi de quitter les lieux avant le 1er août sous peine d’une action en justice.

«Aucune autres compensation ou demande ne sera prise en considération», peut-on lire.

Situation intolérable

Pour Jude Bélanger, qui habite un appartement du 253, avenue des Pères-blancs depuis 35 ans, cette situation est intolérable.

«Ça me stress beaucoup. Ça me réveille la nuit et je n’arrive pas à me rendormir», a témoigné l’homme de 81 ans devant sa demeure.

Des membres d’ACORN sont venus manifester jeudi aux côtés des résidents touchés pour dénoncer cette injustice. L’organisme de défense des intérêts des personnes à faible revenu affirme que les locataires déboursent entre 600-800$ pour leur loyer mensuel. L’éviction forcée pourrait ainsi les menotter davantage financièrement, disent-ils, considérant qu’un logis similaire est quasi impossible à trouver à l’heure actuelle dans la capitale nationale.

Manque de moyens

Le conseiller municipal du quartier Rideau-Vanier, Mathieu Fleury est venu écouter les doléances des locataires ciblées par les «rénovictions», mais il avoue que la Ville d’Ottawa a peu de moyens à l’heure actuelle pour intervenir.

«Quand nous avons des situations où les investisseurs jouent du coude, il faut aussi être bien équipés et la Ville doit prendre toutes les mesures en place pour protéger les locataires. C’est probablement limité, mais au moins nous aurions des consignes claires, a-t-il poursuivi. En ce moment, c’est un peu le bordel. Les droits des locataires ne sont pas respectés.»

M. Fleury soutient que de telles situations «sont trop souvent» balayées sous le tapis et que les locataires ne connaissent pas leurs droits. Au cours des dernières semaines, des «rénovictions» similaires ont été observées dans d’autres quartiers de la ville, a-t-souligné.

«Ultimement, nous aurons des espaces locatifs qui risquent de devenir inabordables», craint-il, tout en rappelant que 12 000 personnes attendent toujours un logement abordable à Ottawa.

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Article par Jean-Francois Dugas pour Le Droit

 

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