ICI Ottawa-Gatineau: La crise du logement s’invite dans l’élection à Ottawa

Posted September 2, 2021

La capitale fédérale vit depuis des années une crise du logement sans précédent. La demande en logement abordable à Ottawa a explosé, les personnes en attente d’un loyer se comptent par milliers et le prix des propriétés est prohibitif. Dans Ottawa-Centre, la question pourrait bien être déterminante.

Michael Taylor habite en bordure du quartier Glebe, dans Ottawa-Centre, depuis 1995. À l’époque, le quartier situé tout près du canal Rideau et à quelques minutes du centre-ville était méconnu. Le prix des maisons était raisonnable et la population diversifiée.

Ce médecin était parmi les premiers résidents plus aisés à contribuer à l’enrichissement de son quartier.

Aujourd’hui, le Dr Taylor ne reconnaît plus le secteur. Le Glebe étant aujourd’hui l’un des quartiers les plus cossus d’Ottawa, les quartiers en périphérie se sont eux aussi embourgeoisés. Les gens plus fortunés sont plus présents et le prix des maisons est exorbitant.

Pourrait-il acheter sa maison aujourd’hui? Je ne crois pas, laisse-t-il tomber, avec sérieux.

À l’époque, le marché lui était favorable et il a pu acquérir une propriété à bon prix. Deux décennies plus tard, la concurrence entre acheteurs potentiels est féroce et les prix montent en flèche.

Depuis l’arrivée des libéraux au pouvoir en octobre 2015, le prix moyen d'une propriété dans la capitale a presque doublé passant de 353 100 $ à 660 400 $ en juillet 2021, selon l’Association canadienne de l’immeuble.

La situation du Dr Taylor n’a rien de surprenant dans ce secteur de la ville. En entrevue à Radio-Canada, la candidate néo-démocrate dans Ottawa-Centre, Angella MacEwan, affirme sans détour que si elle était âgée de 25 ans et qu’elle souhaitait s’acheter une propriété dans sa circonscription avec son salaire d’économiste, elle ne pourrait tout simplement pas y arriver.

Nous avons acheté une maison il y a six ans. En regardant comment le prix des maisons a augmenté dans les six dernières années, nous ne pourrions jamais nous permettre d’acheter la propriété que nous avons, non, dit-elle.

En pleine séance de porte-à-porte, son adversaire libéral Yasir Naqvi hoche la tête lorsqu’on lui pose la même question.

Ce serait tout un défi, absolument, laisse-t-il tomber en pensant à la somme d’argent importante qu’il aurait à investir s’il avait 25 ans, avec son salaire actuel, et qu’il souhaitait devenir propriétaire dans la capitale. M. Naqvi est l’ancien procureur général de l’Ontario et jusqu’à tout récemment, il était le directeur général de l’Institut pour la citoyenneté canadienne.

Pour régler le problème de surchauffe dans le secteur, la néo-démocrate MacEwan affirme qu’il faut tout faire pour se débarrasser de la spéculation, du blanchiment d’argent et [pour créer] un registre des propriétaires. Elle veut surtout aider les particuliers à avoir accès à la propriété dans un contexte de concurrence avec de grands promoteurs immobiliers.

Le libéral Yasir Naqvi croit pour sa part qu’il faut interdire les offres d’achat à l’aveugle, instaurer un droit légal à l’inspection technique des propriétés et obliger les nouveaux propriétaires à conserver leur immeuble pendant au moins 12 mois.

La candidate conservatrice Carol Clemenhagen a décliné notre demande d’entrevue, mais son parti propose d’interdire aux investisseurs étrangers qui ne vivent pas ou qui ne viennent pas vivre au Canada d’acheter des biens immobiliers pendant une période de deux ans.

Le logement abordable au cœur des priorités

Au-delà de l’accès à la propriété, c’est la pénurie de logements abordables dans la capitale qui inquiète. En octobre 2020, le loyer moyen pour un appartement privé dépassait les 1300 $ par mois selon la Société canadienne d’hypothèques et logement.

Pour un appartement d’une chambre au centre-ville, les différents sites d’affichage proposent régulièrement des loyers privés à plus de 1600 $ par mois.

Dans Ottawa-Centre, c’est intéressant, parce qu’il y a eu beaucoup de demandes pour des permis de construction pour des tours. On comble le besoin du marché locatif, peut-être, mais il n'y a rien de ça qui est abordable, raconte la directrice générale d’Action logement, Marie-Josée Houle.

Selon elle, le marché privé n’est plus accessible à ceux qui ont un revenu moyen; les seules options sont désormais le logement social ou le logement subventionné.

D’environ 25 000 de ces logements que compte la capitale, Mme Houle soutient qu’environ 13 000 personnes figurent sur la liste d’attente.

État d’urgence à Ottawa

En janvier 2020, la Ville d’Ottawa a déclaré l’état d’urgence en matière de logements. Cette semaine, le maire Jim Watson comptait interpeller les partis fédéraux pour qu’ils s’engagent tous dans ce dossier.

La Ville estime que durant la prochaine décennie, des investissements de 500 millions de dollars seront nécessaires pour corriger le problème. Si elle est prête à absorber 20 millions tous les ans, elle espère que le fédéral sera de la partie et que sa contribution sera similaire.

C’est tout au haut de mes priorités. C’est mon premier engagement de campagne la semaine dernière, affirme le libéral Yasir Naqvi en faisant référence aux 1700 nouveaux logements abordables qu’il promet pour sa circonscription.

Le NPD a promis 500 000 nouveaux logements d’ici 10 ans partout au pays. Selon Mme MacEwan, la capitale a besoin de plus de 20 000 logements, dont des milliers dans la circonscription qu’elle tente de soutirer aux libéraux.

On veut augmenter l’inventaire et travailler avec les coopératives de logements, la municipalité, comme ici [aux Plaines LeBreton] pour offrir des logements réellement abordables, explique-t-elle.

D’ailleurs, tant le NPD que le Parti libéral proposent de construire des logements abordables sur les terres de la Couronne aux Plaines LeBreton et Tunney’s Pasture. Ce sont des centaines d’acres situés dans la circonscription d’Ottawa-Centre.

Leur adversaire conservatrice affirme par courriel que son équipe affirme vouloir construire 1 million de maisons en trois ans.

Nous ne construisons pas assez. C'est une question d'approvisionnement. Plus de logements disponibles signifie plus de logements plus abordables. Avec le plan conservateur, nous nous associons aux municipalités et au secteur privé pour créer de nouveaux logements locatifs, dit-on.

Des milliers de logements réclamés

Le groupe de justice sociale ACORN a organisé une quinzième manifestation cette année pour réclamer de nouveaux logements abordables à Ottawa.

Nous sommes là pour demander au gouvernement qu’il puisse donner à la population des habitations abordables, explique le membre du groupe, Pascal Kakule. Au Canada, ACORN demande la construction de 1,2 million de logements abordables pour les gens qui ont un revenu de moins de 30 000 $.

Seulement à Ottawa, le groupe estime à plus de 10 000 le nombre de nouvelles unités nécessaires. Il veut surtout que les politiciens s’engagent à garantir que les logements abordables demeurent abordables à tout jamais et non pour une période de 20 à 25 ans.

 

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Article par Antoine Trépanier pour ICI Ottawa-Gatineau

 

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